Indestructible. Inoxydable. Insubmersible. À 93 ans,
la marque « Tour de France » tient toujours le haut du
pavé. Les sponsors suivent massivement. La caravane
aboie autant qu’avant. Les audiences télé ne faiblissent
pas. Et le « peuple du bord de la route » est, année
après année, encore plus nombreux. Et pourtant…
Pourtant, rarement une marque n’aura été aussi
malmenée depuis une décennie. Les affaires
de dopage n’ont pas cessé, malgré les efforts louables
des organisateurs.
Avec n’importe quelle autre
marque, tous ces scandales auraient ruiné l’image et
la crédibilité du produit. Mais ni le retrait de certains
sponsors, ni la défection de certaines chaînes de télé
étrangères, ni le bras de fer avec l’Union cycliste
internationale n’auront réussi à entamer la forteresse
du Tour. Il faut être sacrément fort et sacrément
implanté dans le coeur du public pour résister à tous
ces assauts.
Comment expliquer une telle solidité, une telle
pérennité ? Certes, le brave peuple a horreur
des tricheurs. Mais comme il part du principe que
désormais, tout le monde est chargé, finalement,
il s’en fout un peu des
amphét’, de l’EPO et des
transfusions sanguines.
Ce qu’il voit avant tout,
ce peuple, c’est que ces fous
pédalant, ces forçats de la
route, sont des surhommes.
Des héros mythiques
capables d’exploits insensés.
Des exploits qui restent
à jamais gravés dans la
mémoire collective. Quelle
que soit la génération
à laquelle on appartient,
on a tous en nous quelque
chose de Pantani. Ou
d’Anquetil, de Merckx,
d’Hinault ou d’Armstrong.
C’est la force des grandes
marques de toujours exciter
l’imaginaire. Le Tour reste une légende. Et une légende,
les gens ne supportent pas qu’elle soit brisée. Quant
aux marques, malgré le côté sulfureux du cyclisme,
elles s’y retrouvent. Quoi qu’il arrive. Souvenez-vous
du cas de Festina, ce fabricant de montres inconnu,
qui a construit toute sa notoriété alors qu’il était au
coeur du scandale de l’équipe de Richard Virenque.
Cofidis, la Française des jeux, Quick-Step savent trop
ce qu’elles doivent aux deux-roues, et au Tour en
particulier. Le plus grand spectacle gratuit du monde
attirera toujours les marques en quête de notoriété
rapide. D’autant que ce sont les spectateurs eux-mêmes
qui aident à la construction de l’image d’une marque.
Car si le peuple aime les héros et les surhommes,
il aime tout autant les losers magnifiques, les Poulidor
malchanceux ou ces forçats qui, manifestement,
roulent à l’eau et, de ce fait, sont incapables de lutter
à armes égales avec les cadors moins scrupuleux.
Que serait la France de juillet sans le Tour de France ?
Rien. Ou pas grand-chose. Et c’est justement
en allant au milieu de ce « peuple du bord de la route »
regarder passer la caravane qu’on prend conscience
de l’incroyable engouement du public à l’égard
des marques. C’est plus que de l’engouement.
C’est une sorte d’hystérie collective, mais qui a
finalement quelque chose de rassurant. Z’avez pas
le moral ? Allez-y. Vous verrez.