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Christian Blachas

édito

par Christian Blachas

Un détour par le Tour

Indestructible. Inoxydable. Insubmersible. À 93 ans, la marque « Tour de France » tient toujours le haut du pavé. Les sponsors suivent massivement. La caravane aboie autant qu’avant. Les audiences télé ne faiblissent pas. Et le « peuple du bord de la route » est, année après année, encore plus nombreux. Et pourtant… Pourtant, rarement une marque n’aura été aussi malmenée depuis une décennie. Les affaires de dopage n’ont pas cessé, malgré les efforts louables des organisateurs.
 
Avec n’importe quelle autre marque, tous ces scandales auraient ruiné l’image et la crédibilité du produit. Mais ni le retrait de certains sponsors, ni la défection de certaines chaînes de télé étrangères, ni le bras de fer avec l’Union cycliste internationale n’auront réussi à entamer la forteresse du Tour. Il faut être sacrément fort et sacrément implanté dans le coeur du public pour résister à tous ces assauts. Comment expliquer une telle solidité, une telle pérennité ? Certes, le brave peuple a horreur des tricheurs. Mais comme il part du principe que désormais, tout le monde est chargé, finalement, il s’en fout un peu des amphét’, de l’EPO et des transfusions sanguines. Ce qu’il voit avant tout, ce peuple, c’est que ces fous pédalant, ces forçats de la route, sont des surhommes. Des héros mythiques capables d’exploits insensés. Des exploits qui restent à jamais gravés dans la mémoire collective. Quelle que soit la génération à laquelle on appartient, on a tous en nous quelque chose de Pantani. Ou d’Anquetil, de Merckx, d’Hinault ou d’Armstrong. C’est la force des grandes marques de toujours exciter l’imaginaire. Le Tour reste une légende. Et une légende, les gens ne supportent pas qu’elle soit brisée. Quant aux marques, malgré le côté sulfureux du cyclisme, elles s’y retrouvent. Quoi qu’il arrive. Souvenez-vous du cas de Festina, ce fabricant de montres inconnu, qui a construit toute sa notoriété alors qu’il était au coeur du scandale de l’équipe de Richard Virenque. Cofidis, la Française des jeux, Quick-Step savent trop ce qu’elles doivent aux deux-roues, et au Tour en particulier. Le plus grand spectacle gratuit du monde attirera toujours les marques en quête de notoriété rapide. D’autant que ce sont les spectateurs eux-mêmes qui aident à la construction de l’image d’une marque. Car si le peuple aime les héros et les surhommes, il aime tout autant les losers magnifiques, les Poulidor malchanceux ou ces forçats qui, manifestement, roulent à l’eau et, de ce fait, sont incapables de lutter à armes égales avec les cadors moins scrupuleux.
 
Que serait la France de juillet sans le Tour de France ? Rien. Ou pas grand-chose. Et c’est justement en allant au milieu de ce « peuple du bord de la route » regarder passer la caravane qu’on prend conscience de l’incroyable engouement du public à l’égard des marques. C’est plus que de l’engouement. C’est une sorte d’hystérie collective, mais qui a finalement quelque chose de rassurant. Z’avez pas le moral ? Allez-y. Vous verrez.
CB News 14/07/2008 - Christian Blachas